Lockhood Chronicles

Lundi 23 juin 2008

Ces doux rêves qui m’empêchent de devenir fou dans cet univers mortel. Il n’y a rien ici qui me satisfasse réellement. Rien de bien. Quand on traîne dans les couloirs, on sent la violence, le meurtre, le viol. Le mal en est presque palpable. Chienne de vie. Rassembler en un lieu tout le mal d’une ville, est-ce vraiment judicieux ? Mais qu’est-ce qu’on y peut ? On est pas payé pour réfléchir. Les grands de ce monde oui. Leur réflexion est-elle subtile et empreinte de maturité ? Pfff…. Il faut que je déconnecte mes neurones ou je vais cramer du cerveau.

-         Joe ! Réveille-toi, le directeur fait sa ronde.

Conrad « Magic » Steele venait de me sortir de mon sommeil réparateur. Je me balançais sur ma chaise d’un sursaut incontrôlé, et boum. Parterre. Ma casquette vola, ma matraque aussi.

-         Magic ! Tu peux pas être plus cool ?

-         Joe, le directeur…

-         Oui j’ai entendu mais la prochaine fois fais gaffe, je me suis planté parterre.

-         Tiens Joe ta casquette.

-         Merci, il en est où ?

-         Couloir C, dans cinq minutes, il est sur nous.

-         On a le temps ! tu veux un café ?

-         Joe !

-         Moi oui.

Je partis me servir une tasse de jus de chaussette histoire de dés embrumer mon cerveau, reconnecter mes neurones enfin me réveiller clairement.

-         Joe, il va te ….

Magic n’avait pas fini sa phrase que la porte s’ouvrit sur des costards neuf et des pompes bien cirées. Rasé de frais et propre sur lui, Mike Stone, le directeur de cette taule, portait ses éternelles lunettes rondes sur ce visage de fouine. Je ne lui aurais pas prêté ma tasse de café de peur de la récupérer pleine d’arsenic. Magic était au garde à vous comme un bon soldat alors que je sirotais mon café noir et fumant.

-         Monsieur Steele, comment allez-vous ?

-         Bien Monsieur le directeur.

Hypocrite jusqu’au bout des ongles ce salopard. Je me demande pourquoi il prend la peine de visiter cette prison alors qu’il en gère déjà prés de cinq dans tout l’état.

-         Pincitto ! Je constate que vous traîner comme toujours.

-         Monsieur le directeur. Votre ronde se passe bien j’espère. Faites attention au secteur B. Il y a là bas pas mal de monde qui ne vous apprécie guère. Je ne vous accompagne pas, je suis en pause.

-         Depuis une bonne heure, c’est cela ?

-         La paperasse prend du temps vous savez.

-         Je me demande encore ce que vous faites là Pincitto. Le secteur B va vous aller à ravir. Je vous envoie votre affectation cette semaine. Il me semble que l’un des gardiens a demandé sa mutation. D’ailleurs, dans sa demande, il dit que sa blessure à la cuisse le fait horriblement souffrir. Avez-vous déjà été agressé avec une fourchette, Pincitto ?

-         Non je n’ai pas encore eu ce plaisir.

-         Bien préparez vos affaires, vous êtes affecté au secteur B à partir de cette après midi.

-         Bien Monsieur le directeur.

Sombre con. Je savais qu’il ne pouvait pas me sentir. En même temps je ne l’ai pas joué fine, enfin ça va me changer. Mais le secteur B, c’est quand même le secteur des violents. Les collègues disent que ça sens la mort par là-bas. Je vais en avoir le cœur net.

-         Le secteur des violents, Joe. T’y es allé un peu fort ce coup là.

-         Mais non Magic, depuis que je sui à Bretton’s J ce connard de Stone ne peut pas me voir.

-         Quand même !

-         C’est pas grave. Je vais m’en sortir.

-         Tu parles, c’est une zone de non droit. Tu vas te faire démonter.

-         T’inquiètes pas, ma carcasse en a vu d’autres. Bon Magic, c’est pas que je m’emmerde ici, mais j’ai un nouveau bureau maintenant. A plus tard.

-         Ouais c’est ça.

Il va me manquer ce Magic. J’étais bien peinard dans mon secteur. Enfin un peu d’animation sera salutaire.

Par Jarod Lets
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Samedi 31 mai 2008
Je continue ma saga, malheureusement, je n'ai encore rien publier sur ce blog pour les chroniques de Lockhood peut être faudrait il que je mette tout ce que j'ai. Sinon faites un tour sur mon Myspace. Voila bonne lecture.

La sonnerie stridente du téléphone retentit pendant cinq bonnes minutes dans les bureaux du troisième étage du Lockhood Chronicles. Puis le bruit cessa laissant l’étage aussi silencieux qu’un cimetière. Une machine à écrire commença son bal de cliquetis rythmé par le ding de fin de ligne. Quinze mots à la minute, je n’aurais jamais pu être secrétaire. A ce rythme là, j’y suis encore dans une semaine. Et tout ça pour un malheureux accident. Un incendie involontaire. Ces mecs pleins aux as n’ont que ce qu’ils méritent. Toujours à chercher à faire mieux que son voisin. La plus belle maison décorée pour noël. Tout ça pour aboutir à une mort. Lydie Swanson, pauvre femme. A peine trente ans et déjà froide comme un glaçon et son mari qui risque la prison pour homicide involontaire sur la personne de sa femme. Enfin, ça me change des chats perchés sur les arbres et les meetings de la mairie.

Le doux tintement du téléphone vint réveiller mes tympans en les déchirant de façon tout à fait mal appropriée.

-         Tim Restler, Lockhood Chronicles, j’écoute.

-         Monsieur Restler, j’ai des informations très importantes à vous communiquer.

-         Qui êtes-vous ?

-         Ce n’est pas important. Vous voulez un scoop ou pas ?

-         A quel sujet ?

-         C’est très dangereux.

-         Oui, mais c’est à quel sujet ?

-         Retrouvez-moi au Palace Theatre à 19h00. Prenez un billet pour le film « Simmon’s Vision ». Et asseyez-vous au siège Cinq rangée C.

-         Allez-vous me dire de quoi il retourne ?

-         A toute à l’heure.

-         Monsieur, Monsieur….

Ces informateurs anonymes. Mon instinct me dicte de me rendre à ce rendez-vous, alors que ma conscience de crie de rester loin de cette affaire qui semble se dessiner. Mais rien n’est sûr quand à la qualité des renseignements que l’on va me donner. Enfin, la curiosité est un vilain défaut me disait les bonnes sœurs à l’orphelinat. Je n’ai jamais pu les sacquer ces bonnes sœurs avec leur vie bien tracée et leur croyance inutile en une entité impalpable. 18h15. Hum, le Palace Theatre est à 15 minutes à pieds. Je vais en profiter pour m’arrêter chez John’s Liquor. Ca me fera oublier cette connerie de boulot.

J’enfilais mon trench coat et vissait mon eternel chapeau sur mon crâne en descendant les quelques marches qui me séparaient encore de la sortie. Le temps était étrange aujourd’hui, il était trop humide et trop lourd pour ne pas devenir un orage violent. Ce ne serait pas un mal d’ailleurs, cela aurait au moins le mérite de nettoyer cette ville pleine d’une puanteur infâme et viciée. Cornish Street était vide. Je n’eu pas à attendre bien longtemps, la pluie commençait à tomber lentement sur les trottoirs, formant des rigoles pour emmener loin de la surface ces tas d’immondices. Je remontais mon col  en enfonçant un peu plus mon chapeau, me donnant l’allure d’un Bogart au format allumette. Des tonnes de questions m’assaillaient : Ce rendez-vous tenez vraiment le coup ? Ma carrière allait-elle enfin décoller ? Et pourquoi pleut-il à chaque fois que je sors? Ces informateurs anonymes ne me plaisent pas, ils puent, ils coûtent cher et ils ne sont pas sûrs.

La clochette du John’s Liquor tinta lorsque je poussais la porte.

-         Salut John !

-         Tim. Quel temps de chien !

-         M’en parle pas.

-         Tu vas où ? T’es pas sensé travailler ?

-         Lâche-moi, John, j’ai rencard au cinéma.

-         J’espère qu’elle est bien roulée parce que Mike risque de t’assassiner.

-         C’est pour le boulot.

-         Oui, Tim, c’est ce que je dis à ma femme quand je vais dans un strip.

-         Mais, c’est vraiment pour le boulot. Putain, mais pourquoi je me justifie. File moi une mignonne de bourbon.

-         Calme-toi Tim, c’est bon. Tiens, 3 dollars…

-         75, je sais. Tiens garde la monnaie John.

-         Merci, Tim. Fais attention à toi.

-         Ne t’inquiète pas si je me fais agresser, je pourrais toujours me souler pour ne rien sentir.

-         Y en a un seul pour sortir des conneries comme ça. A plus tard.

-         Yep, à plus.

 

La gorgée de bourbon me donna du cœur à l’ouvrage et me fit oublier la pluie. Putain de boulot, putain de vie. Le Palace Theatre était en vue, personne devant. J’aurais pu m’en douter. L’ouvreuse me demanda dix dollars pour un billet. Echange de bon procédé ? Un billet contre un billet. La vie est de plus en plus chère. La salle était déjà à moitié remplie. Les spectateurs, callés au fond de leur fauteuil, étaient disposés de façon éparse. Je trouvais ma place sans trop de soucis puisque ma rangée était vide. Je m’assis tranquillement, attendant patiemment mon « rendez-vous ». Le projectionniste lança la bobine, la salle s’assombrit et une musique criarde vint crever les tympans de l’auditoire. Rien de plus désagréable. L’image commença par un gros plans sur un chapeau ayant connu bien d’autres aventures. Un regard se dessina dans l’ombre du chapeau.

-         Vous êtes seul monsieur Restler ?

Je tentais de me retourner mais un morceau d’acier collé contre ma nuque me fit changer d’avis.

-         Ne vous retournez pas monsieur Restler.

-         Vous m’en avez dissuadé.

-         Vous aimez le cinéma ?

-         Vaguement, je n’ai pas le temps d’y aller.

-         Vaguement ? Vous êtes journaliste avec un langage comme ça ?

-         Ecoutez, monsieur qui-que-vous-soyez, je n’aime pas que l’on me dérange lorsque je tape un article or, c’est ce que vous avez fait. Alors, si c’est pour parler cinéma et vocabulaire, c’est pas la peine. J’ai d’autres chats à fouetter.

-         Vous ne voulez pas un scoop ? Sortir des colonnes de fait divers ?

C’est vrai que l’offre était alléchantes, mais dans quel mérdier allais-je me retrouver. Courir après des chimères, je l’ai déjà fait et ça ne me passionne pas vraiment.

-         Vous savez, c’est mon patron qui décide de ce qui est un scoop et de ce qui ne l’est pas. Moi je fais le premier tri. Alors je ne peux rien vous promettre. Balancez les infos.

-         J’ai en ma possession une copie du carnet noir appartenant à Don Spagiano. Il contient les noms et les montants des pots de vin versés. Il ya quelques cadavres aussi. Etes- vous intéressé ?

-         Qu’est-ce qui me prouve que le contenu de ce carnet est vrai ?

-         Je ne peux en aucune façon vous le prouver mais les informations sont sûres.

-         Ok ! Très bien. Combien ?

-         Rien du tout, la où je vais, je n’ai besoin de rien.

-         Vous cherchez à laver votre conscience.

-         Mon âme est aussi pourrie que cette ville. Je ne veux pas de pardon. De toute façon, dans moins d’un mois, vous écrirez mon nom dans la rubrique nécrologique. Tenez, prenez le carnet. Je vais partir en premier, profitez de la fin du film, un billet à dix dollars ça se savoure. Ne tentez pas de me suivre, croyez moi, je sais faire disparaître les preuves. Voilà monsieur Restler, faites attention à vous et surtout ne faites pas trop de vague avant la parution de l’article.

-         Attendez, pourquoi moi ? C’est vrai quoi, il y a des journalistes plus importants que moi dans cette ville.

-         Votre nom n’est pas dans le carnet, et nous avons le même prénom.

 

Le morceau d’acier se décolla lentement de ma nuque laissant respirer cette partie de mon corps qui commençait à se demander si elle n’allait pas partir en flamme. Il avait raison, payer dix dollars pour venir voir un vieux film de mafieux avec des méchants plus vrais que nature. Un cigare au coin des lèvres, un désert, un flingue et une pelle. Quelle action dramatique ! La pulpeuse blonde allait tomber amoureuse du flic sale et ronchon. Encore un navet du septième art gravé dans les annales pour longtemps. J’attendis sagement le générique de ce navet sans fin m’endormant tranquillement tous les quarts d’heure. La musique de fin me fit sauter sur mon siège, la salle était vide, l’image commençait à clignoter avant l’extinction du projecteur. Il était temps d’y aller. Ma montre gousset indiquait 20h30, ma gorge était sèche, et l’envie de retourner au journal m’était aussi agréable qu’une chaude pisse. En sortant du Palace Theatre, mes yeux furent irrésistiblement attirés par la devanture verte du Cork Lane, où un double scotch m’attendait au fond du bar. Les volutes bleutées de fumée et l’éclairage très tamisé rendez l’atmosphère très intimiste voire secrète.

 

Par Jarod Lets
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