Salut! Je sais bien, ça fait bien longtemps que je suis loin des écrans mais j'ai des excuses. Enfin faut-il en avoir? Déménagement, travail, beaucoup de travail..... C'est mauvais.... Pour
m'excuser, je vous fait part du premier chapitre de mon premier bouquin qui s'intitule Visages. Bonne chance pour la lecture, c'est un peu long. (je vais tenter d'augementer la police pour ceux
qui prefère...) Bonne lecture.
1. Le Début.
Le printemps s’annonçait tôt cette année. Le 11 février, le mercure fixait déjà les 17°C sur la place Alain Trévigné. Les gens
commençaient déjà à sortir leurs serviettes de bain pour profiter de la plage et de la douceur du soleil qui viendrait brunir leur peau blanche. Certains acharnés se baignaient déjà puisque l’eau
était à 15°C. Éric se promenait sur la jetée admirant toute cette chair rose qui s’étalait sur le sable. Car malgré cette légère brise du nord ouest, les gens se dénudaient. La jetée était son
endroit préféré depuis aussi longtemps qu’il puisse s’en souvenir. Il y venait quand le temps était parfait pour lui. C’est-à-dire à peu près tout le temps, excepté les jours où il neigeait. Son
plus grand plaisir était de sentir la nature se déchaîner autour de lui. Voir les vagues se fracasser sur la digue ou aller taper jusqu’au deuxième étage du phare de la pointe Brune. Il aime
sentir le vent fouetter son visage et faire voler ses cheveux. Sentir tout simplement que les êtres humains ne sont rien et ne maîtrisent rien face à la puissance de la nature. Une vision certes
quelque peu pessimiste mais pourtant tellement vraie. Mais aujourd’hui, la mer est calme et le soleil est bien présent. Comme toujours dans ces cas là, il porte ses lunettes de soleil
« intégrales » pour éviter que la lumière ne lui cause quelques soucis.
13h30 lit-il sur son portable.
- Tiens, ce vieux con ne
m’a pas encore appelé pour venir bosser
Il se mit en route vers le centre ville. Et, en remontant la rue Émile Victor son téléphone sonna.
- Ah quand
même!
Il décrocha.
- Allo?
- Monsieur
Gorsano?
- Lui-même
- Mademoiselle Deschamps
du secrétariat de Primstore. Monsieur Maurille voudrait savoir si vous viendrez travailler cette après-midi. Il a ajouté qu’il préparait les primes
et notes pour la fin de l’exercice.
- Écoutez, j’étais
justement en route vers le bureau. Dites lui que je serai là dans dix minutes.
- Bien monsieur Gorsano,
il vous attend avec impatience dans son bureau.
Il raccrocha aussi sec.
- Quel crétin ce
Maurille, je vais me le faire un de ces quatre.
Imitant la voix de son patron préféré :
- Stéphanie appelle moi
ce con de Gorsano et dis lui de se bouger le cul.
Imitant la miss Deschamps:
- Oui mon
canard.
Il les voyait comme si il y était, s’envoyant des baisers.
- Pathétique,
hypocrite
Sa sérénité avait totalement disparue, il était devenu hargneux et aurai bien voulu les bouffer tous les deux, et sans sauce. Il
passa la rue Delage en ayant une petite pensée pour son médecin.
Il tourna rue des Beaupines, traversa le parc de la Résistance et son horrible monument aux Morts, et arriva enfin rue Esquirolles. Il marchait beaucoup plus lentement en regardant les chiffres
défiler. 18, 20, 22, 24, la nouvelle Mercedes du patron, 28, 30, 32... Il regarda la porte un instant, et leva son regard sur ce bâtiment qui, même si il l’ennuyait puisqu’il représentait le
travail, une sorte de prison qui le rendait fou mais admiratif face à cette architecture magnifique. Tout était tellement harmonieux dans cette façade, excepté les stores rouges du troisième
étage qui n’avait rien à faire ici. C’était un bâtiment en pierre de taille à la parisienne avec, aux fenêtres des petits carreaux qui venaient lui donner un cachet provincial. L’entrée du bâtiment était une porte cochère en chêne massif vieilli avec de petits carreaux. La décoration intérieure était limite sur la quasi-totalité des
étages. Le papier peint beige semblait tout droit sorti des 70’s (Éric se demandait si justement, ce papier peint n’était pas là trente ans auparavant). Tout cela accompagné justement d’une
moquette faite de petits carreaux de 25 centimètres de côté d’un bleu tressé noir. En fait il n’y avait en gros que le bureau de Maurille et le sien qui avait un peu d’allure.
Il prit l’ascenseur appuya sur la touche trois et entama son ascension. Il sorti et tourna sur la droite pour se trouver face au
bureau de Stéphanie totalement déserté. Donc de deux choses l’une, soit elle est en « réunion » avec Maurille, soit elle est partie chercher le café et en profitait pour rajuster son
maquillage. Éric décida d’attendre dans un des fauteuils de cuir (pour ça il avait du goût le Maurille); disposé avec trois de ses confrères en salon autour d’une table basse en bois teinté en
acajou. La pièce était sobre avec comme seule décoration murale, 6 modèles de stores accompagnés de leurs marques. Éric entrepris la lecture des magazines, mais rien ne l’intéressait vraiment
puisqu’il n’y avait là que des brochures de Primstore® prônant la qualité de
la marque et de son créateur Jacques Maurille, 44 ans, à la tête d’une entreprise de 169 salariés. 39 administratifs, 50 vendeurs dont les VRP et une centaine d’ouvriers spécialisés. Un chiffre
d’affaire de 1 990 000 euros par an. La marque proposait près de 2000 références, avec des matières et des couleurs différentes. Primstore® était présent dans 39 pays dont les USA, la chine, la France, la Grande Bretagne… De la propagande
tout ça
Un léger soupir étouffé se fit entendre dans le bureau. Éric eu un rictus de dégoût et porta son attention sur les stores. Le
premier à lamelles rouge était un store en acajou, favorisant l’intimité et la chaude atmosphère d’une pièce réf. 87392 (ceux présents dans le bureau de Maurille). Le classique, lamelles
ferrailles blanc souvent utilisé dans des espaces lumineux. Le pin, lamelle de pin teintée blond, atmosphère détendue (la salle d’attente). La toile de lin, le personnalisé (support publicitaire
où l’on peut afficher un partenariat, le logo de l’entreprise ou annoncer un événement). Et enfin, le modèle lamelle sans tain qui permet de voir sans être vu, à la manière des miroirs utilisés
dans les salles d’interrogatoires de la police.
14h15. OK, nickel. Il m’a oublié ou quoi?
La porte s’ouvrit à cet instant précis comme s’il l’avait décidé. Stéphanie sortit d’abord en rajustant sa jupe et son brushing
peroxydé.
- Bonjour monsieur
Gorsano
-
Bonjour miss Deschamps. Quel temps magnifique aujourd’hui.
Aucune réponse de la part de la secrétaire qui s’était déjà rassise à son bureau faisant mine de travailler. Au fond du bureau, le
fauteuil de cuir crissa en redressant ses plis et des pas sourd et imposants se dirigeant vers la porte retentirent.
- Gorsano! Ça va? Alors
on a décidé de venir travailler aujourd’hui?
1 - 0 Pour Maurille
- Monsieur Maurille,
comment va votre femme ? Et Damien et Aurélie?
Égalité, la balle est au centre.
- Entrez.
Maurille était d’une humeur massacrante maintenant. Éric savait où il fallait frapper et, voir son patron sur les nerfs le faisait
jubiler.
Il s’assit dans le fauteuil de gauche connaissant les habitudes de Maurille et Stéphanie lors de leurs petites réunions. Le patron
quand à lui vint se placer juste en face de lui avec un regard noir qu’il réussit à maîtriser dans les secondes qui suivirent.
- Vos sarcasmes et vos
réflexions sur ma famille ne me plaisent pas beaucoup Éric. J’aimerais un peu plus de respect de votre part. Dois-je vous rappeler que je suis votre parton et que par cette fonction, je peux vous
foutre à la rue en un clin d’œil.
- Je n’en attends pas
moins de vous, mais n’oubliez pas que je suis votre comptable et que je sais parfaitement ce que vous faites. Vous avez des notes de frais qui dépassent largement mon salaire et tout cela sans
voir plus de dix clients par semaine. Alors, si vous voulez me virer, allez-y. Mais je ne suis pas sur que la prison vous aille bien et que madame Maurille trouve vos petites réunions avec
Stéphanie très à son goût. Alors parlez-moi de me virer et je détruis votre vie en un clin d’œil.
- Se sont des
menaces?
- Prenez-le comme vous
voudrez.
- Vous savez que se sera
votre parole contre la mienne et celle des employés de cette société.
- Je sais bien. Mais
j’ai les preuves qu’il faut pour ôter tous doutes de ce que j’avance. Soit dit en passant, Stéphanie à l’air très sportive et à votre place je n’aurai pas résisté non plus. Et puis une jeune
plante de 20 ans ce doit être plaisant, non?
- Ok, on arrête les
frais. Vous avez une explication pour votre absence de la matinée.
- Regardez mon dossier,
vous y trouverez une note du docteur Belmi attestant de mon état de santé. Cette note parle notamment de fortes céphalées, amenant bien souvent le patient à des nausées et à une sorte de
paralysie des membres inférieurs pouvant aller de quelques minutes à plusieurs jours. Vous savez, cette fameuse note que je vous ai remise le mois dernier pour expliquer une absence ayant durée
trois jours. Vous savez celle qui est accompagnée d’un certificat médical de l’hôpital Pluvigner, signé du directeur du service de neurologie, le docteur Marchal pour être plus précis. Vraiment,
vous ne vous rappelez pas?
- Vous savez vos petits
problèmes ne m’intéressent pas. Vous allez excuser toutes vos absences par des céphalite à tendance paralysante?
- Céphalée
- Peu importe le nom.
J’aimerais au moins que vous téléphoniez.
Maurille était dans une impasse et Éric le sentait bien.
- J’y
penserai.
Il l’avait au creux de sa main et pouvait l’écraser. Il le savait. Il esquissa un léger sourire pour voir comment il réagirait. Le
visage de Maurille sembla s’assombrir et une étincelle de rage apparue au fond de ses yeux noirs. Un petit silence s’ensuit. Les deux hommes se jaugeaient. Des éclairs auraient pu crépiter entre
leurs deux regards. Enfin le silence fut rompu:
- Bon vous êtes apte à
travailler cet après midi?
- Je suis encore groggy
mais ça ira je pense.
- Alors, allez-y. Vous
avez un dossier en attente sur votre bureau, concernant les dépenses extérieures et les notes de frais du mois de janvier. Préparez-moi le bilan de l’exercice de l’année dernière. Vous avez
jusqu’à la fin de la semaine pour faire cela. C’est bon tout ira bien?
-Oui c’est
ok.
Éric se leva de son fauteuil et fit demi-tour, admirant au hasard la décoration de ce bureau. Il s’y sentait comme dans un pub
irlandais avec des murs vert, du bois sombre et des tonnes de babioles qui n’était pas toutes belles. En ouvrant la porte il eu un petit sourire en se trouvant nez à nez avec une jolie femme de
36 ans : Madame Maurille. Elle était bien faite et n’accusait pas le coup de ses deux enfants. Elle était resplendissante. Des cheveux longs et bruns, des yeux vert, grands et malicieux. Elle
portait ce genre de chemises offrant une vue imprenable sur son nombril, trou béant au beau milieu de son ventre plat. Le décolleté plongeant et provoquant, laissait découvrir la chair de ses
seins. De plus, elle était moulée dans un jean sûrement emprunté à sa fille de 15 ans.
- Madame Maurille, quel
plaisir de vous voir. Permettez-moi de vous dire que vous êtes resplendissante.
- Voyons Éric combien de
fois vous ai-je demandé de m’appeler Sylvie. Vous êtes bien taquin.
- Pardonnez-moi Sylvie.
Comment vont les enfants.
- Ça va plutôt bien.
Vous savez comment sont les adolescents. Aurélie veut sortir avec ses copines le samedi soir et Damien veut devenir footballeur professionnel. Enfin la vie des enfants. Et vous comment vous
portez vous?
- Ça va plutôt bien,
merci. Quel âge ont-ils maintenant?
- Aurélie vient d’avoir
15 ans et Damien aura 10 ans cette année.
- C’est la jeunesse. Ils
veulent grandir trop vite, et une fois qu’ils sont grands, ils regrettent leur enfance.
- Vous avez bien
raison.
- Bon je crois que votre
mari vous attend. Je ne voudrai pas vous monopoliser et par la même, le rendre fou de jalousie.
- Il peut bien attendre
encore un peu. Et pour tout vous dire j’aimerais qu’il soit un peu jaloux.
Ils se mirent à rire se lançant des regards qui en disaient long.
- Ah… Qu’il est bon de
rire.
- Saviez vous qu’on
utilise plus de muscles faciaux en faisant la gueule qu’en souriant.
- Mon mari est donc un
grand sportif.
Le fou rire reparti de plus belle. Stéphanie du coin de son bureau ne perdait pas une miette de la discussion.
- Vous allez toujours au
« Cleptomane and Co. »
- Tous les soirs ou
presque. J’ai peur qu’Evi croit que je suis amoureux d’elle. Mais depuis le temps que je pratique ce bar, ils pourraient me faire un tarif préférentiel ou au moins donner mon nom à un cocktail :
le flambeur ou Éric l’impitoyable. Vous devriez venir un de ces soirs avec votre mari et les enfants.
- Je ne pense pas qu’il
aime ce genre d’endroit mais j’y viendrai un de ces soirs avec les enfants.
- Bon donc je vous y
attendrai. Dites au portier que vous venez de ma part.
- D’accord. A bientôt
Éric, prenez soin de vous.
- Vous aussi Sylvie. Au
revoir.
Elle entra dans le bureau et il commençait déjà à la marteler de je ne sais quel reproches.
Éric se remit en route vers son bureau au quatrième étage et quand il pénétra dans son antre, il se senti bien. Il avait tout
réussi, écraser Maurille et il n’allait pas tarder à avoir sa femme. Il ouvrit les stores et admira la vue sur la mer pendant quelques minutes, puis il se mit au travail.